Du choix de la signature céleste d'un territoire

Du choix de la signature céleste d’un territoire

Par Donat Gagnon

 

Le 3 juin 2015 à 19 heures à la bibliothèque Fabien-Larochelle de Shawinigan, j’ai assisté au lancement du dernier ouvrage de René Le Brodeur, intitulé Le Québec astrologique : destinée d’une nation.  (Grand-Mère, René Le Brodeur éditeur, Dépôt légal 2e trimestre 2015)

Les personnes présentes au lancement étaient manifestement enthousiastes d’entendre M. Le Brodeur avancer une nouvelle hypothèse qu’il défendait avec aisance en s’appuyant sur des bases historiques inspirées d’un livre considérable de David Hackett Fischer, Le Rêve de Champlain, Boréal Compact, Montréal, 2012.   Ce livre de 969 pages, disait René Le Brodeur, montre bien l’importance qu’ont eu Champlain et son équipage d’hommes dès leur premier séjour dans le Nouveau Monde le 27 mai 1603 à Tadoussac.  Ce jour-là est à souligner à l’encre rouge en raison des accords conclus entre Champlain et trois nations amérindiennes qui fêtaient leur victoire contre les Iroquois. Le premier pied à terre de Champlain en Nouvelle France fut suivi de 27 traversées en France et de nombreuses expéditions dans un  vaste territoire qui couvre une grande étendue du Québec, de l’Ontario et du nord des Etats-Unis.  En raison de l’amitié de Champlain pour quelques nations amérindiennes et de sa fidélité à l’engagement mutuel pris pour leur venir en aide dans la lutte contre les Iroquois, la première rencontre du 27 mai 1603 à Tadoussac prit l’allure d’un moment fondateur.  Car il était le commencement de l’expansion dans le temps historique d’un nouveau territoire, un vaste espace que Champlain cartographia durant ses séjours en Nouvelle France. 

Monsieur Le Brodeur considère que ce moment fondateur mérite d’être étudié à l’aide de l’outil astrologique. Toutefois, la difficulté était pour lui, et sans doute pour bien d’autres, de trouver l’heure appropriée  qui concorde avec le génie de l’alliance entre des nations qui acceptent de s’entraider et même de métisser.

Le seul aperçu que j’en avais avant le lancement, était celui du Communiqué de presse qui parut sur le site d’Orian, ou sensiblement le même que plusieurs ont reçu pour l’invitation au lancement.  Le communiqué était accompagné de la page couverture portant une carte du ciel avec le Soleil en Gémeaux du 27 mai 1603 à Tadoussac. Le Québec astrologique : destinée d’une nation est donc arrivé comme une surprise, surprise d’autant plus grande que la date du 3 juillet 1608 avait la prétention d’être celle qui donnait la carte fondatrice du Québec.  Une nouvelle hypothèse aiguisa ma curiosité et d’autant plus quand un membre d’Orian risque sa plume dans l’exposé d’une recherche aussi sensible. Donc, il convenait de lui donner de la visibilité et d’inviter les astrologues chevronnés à prêter attention à son hypothèse et à son argumentaire pour la valider.

L’astrologie territoriale

M. Le Brodeur est connu par ses recherches en astrologie territoriale. Il en a parlé à plusieurs reprises et a publié quelques textes sur le sujet. La démarche est assez particulière.  D’après ce que j’en comprends, l’astrologie territoriale tient compte de deux référents essentiels : premièrement les conditions d’un lieu, d’une région, d’une zone ou d’un territoire; deuxièmement les conditions célestes qui interagissent avec tel milieu terrestre et en impriment les caractères, de la manière où l’on suppose que cela se produit dans l’élaboration d’un vin régional. Les connaisseurs savent en reconnaitre « l’esprit » à l’aveugle. Carl Gustave Jung qui connaissait passablement l’astrologie a déjà affirmé pour sa part que les individus naissaient avec les qualités de l’an, du mois, du jour, de l’heure de naissance. Il reconnaissait ainsi la valeur de la carte individuelle natale qui tient compte des coordonnées du lieu terrestre et des positions planétaires sur l’écliptique zodiacal.

On pourrait toujours objecter qu’un vaste territoire et les collectivités qui l’habitent   sont autre chose qu’un individu… Oui et non. La question se pose aussi dans le développement d’une entreprise qui prend de l’expansion et qui ne se traite pas moins comme un cas individuel. Les méthodes astrologiques, des directions, des progressions, des transits, des révolutions solaire et lunaire ne sont-elles pas des expansions vécues par l’individu lui-même au-delà du thème radical ?  Le potentiel de la carte de fondation dans le cas territorial, ne tendrait-il pas à rayonner lui aussi dans un territoire de plus en plus vaste sous la forme de développements vivants et durables ?

À l’instar de la naissance d’un individu, le moment de l’entente de Tadoussac mérite d’être étudié à l’aide de l’outil astrologique, surtout si l’on considère que cette rencontre et l’entente conclue ont permis cinq ans plus tard, l’établissement de Samuel de Champlain à l’endroit de l’actuelle Ville de Québec.  Je ne serais pas surpris qu’on identifie des liens de continuité entre l’entente du 27 mai 1603 et d’autres moments mémorables qui ont suivi. De telles concordances reflèteraient l’existence d’un processus de développement d’un moment fort. La mise en application d’un accord de principes généreux entre quelques communautés autochtones et une poignée de français, qui veulent bien s’associer entre eux pour repousser la menace iroquoise et concourir au peuplement du territoire, est un indice certain de la recherche d’un principe politique de coexistence dans la différence.  Je ne m’étendrai pas plus longtemps à justifier l’esprit qui présidait à cette rencontre, sinon en rappelant trois phrases que René Le Brodeur emprunte au biographe de Champlain : «  ce soldat las des guerres rêvait d’humanité et de paix dans un monde de cruauté et de violence. Il entrevoyait un monde nouveau où des gens de cultures différentes pourraient vivre ensemble dans l’amitié et la concorde. C’est ce qui devint le grand dessein en Amérique du Nord. » (Fischer, David Hackett, Le Rêve de Champlain, Boréal Compact, Montréal 2012, p. 10)

Dans son livre, René Le Brodeur se prête peu à tirer des conclusions à grands traits.  Il sait bien que l’accord sur les dates est plutôt simple, par contre il est plus difficile d’avoir une certitude sur l’heure du moment fondateur.  Pourtant, il prit le risque d’en proposer une dont il s’est efforcé de démontrer la pertinence. Comment a-t-il procédé ?  Il a mis en pratique une hypothèse quelquefois énoncée par les astrologues et parfois par les personnes qui s’adressent à eux : si l’on peut donner une interprétation plausible à l’aveugle d’une carte du ciel, peut-on à l’inverse, en partant d’un évènement, remonter à la carte du ciel qui est à la source de celui-ci ?  Oui, c’est faisable à la condition qu’on soit bien averti des faits biographiques ou historiques et des connaissances astrologiques.

Si l’on saisit bien la question posée, on comprendra de même pourquoi l’auteur allonge la liste des faits et des évènements de l’histoire des conquêtes françaises en Amérique et du vécu social-politique en Nouvelle-France, jusqu’au Québec et au Canada d’aujourd’hui qui s’est fait avec la grande contribution de la nation francophone. Des lignes de force, des tendances caractéristiques, des manières de vivre ensemble qui se dessinent et se précisent dans la suite des évènements. À titre d’exemple, le livre de Jacques Bouchard (Montréal, Guérin, 1978), sorti d’une recherche d’une dizaine d’années, relevait des traits qui nous ressemblent. L’astrologue averti et attentif peut reconnaitre les principes et les lignes de force sous-jacents qui les engendrent.  M. Le Brodeur s’est prêté à cet exercice. Je signale qu’il aurait pu aller plus loin dans le traitement et l’interprétation de certains cas particuliers. Son objectif était, je crois, de relever la masse considérable d’évènements qui se prêtaient à des rapprochements probables du choix horaire de la carte du ciel du 27 mai 1603 à Tadoussac.

La dernière partie de l’ouvrage est un genre de canevas intéressant par la somme de faits relevés et associés aux données de la carte du ciel. Mais le développement des interprétations significatives reste à faire bien souvent; d’où les invitations de l’auteur lancées aux chercheurs qui pourraient poursuivre l’œuvre.

Par ailleurs, le livre de René Le Brodeur est décidément conçu dans un esprit et un cadre de recherche où l’on rassemble les intuitions et les matériaux utiles et riches d’images exploitables.  On ne sent pas de choix politique en tout cela ni d’idéologie susceptible de dégénérer en disputes. Il reste que le sujet est sensible.

La question est ouverte sur la passion aventurière des francophones qui ont largement contribué au développement du continent. Je laisse aux lecteurs du livre d’apprécier son contenu, d’y apporter les compléments d’interprétation qu’ils jugeraient pertinents pour valider l’hypothèse défendue dans Le Québec astrologique : destinée d’une nation.

 

Donat Gagnon