L'astrologie est un guide

L’astrologie est un guide

Par Donat Gagnon

Enfant, je voyais ma vie comme un Ă©nigme insaisissable.

Pourtant je ne m’en préoccupais pas au point d’éprouver quelque angoisse. Je me sentais heureux en présence de la nature qui occupait mon sentiment d’émerveillement. Puis à cela vint s’ajouter mon intérêt pour les écrits et les personnes talentueuses qui alimentèrent mon profond besoin de connaissance. J’ai dévoré les livres de la petite école et les journaux que mon père apportait à la maison. Mon intérêt allait aux histoires merveilleuses qui donnent du sens à la vie. Je m’intéressais aux sciences, surtout à l’astronomie avant que je ne découvre d’autres dimensions de mon désir profond.

L’acceptation de l’offre de ma mère qui me proposait de faire des études classiques, a été bien accueillie de ma part grâce à cette passion de la connaissance déjà enracinée. À ce moment-là, ma mère en bon Verseau, a été le guide qui conduit bien son enfant.

Les études au collège classique présentaient un niveau d’exigence très élevé à plusieurs points de vue, je dirais presque autant sportif qu’intellectuel et interpersonnel. Cela fait partie des défis de l’adolescence de tout le monde et du nécessaire apprentissage de la responsabilité personnelle. Mais aussi c’est le temps des grandes intuitions et des engagements. Je l’ai ressenti plus spécialement à ma cinquième année du cours classique, année où j’ai pris la décision de changer de milieu malgré le bon climat d’étude et de camaraderie. Un court séjour à Montréal m’a rappelé à la poursuite des études. Mon choix s’est arrêté sur le Centre des études universitaires de Trois-Rivières.

Un tournant qui fut un choix de vie

J’y ai terminé la formation collégiale et j’ai complété la première année en sciences de l’administration. Cette année-là, j’ai trouvé le fond de l’ennui, car je n’avais plus les cours de philosophie et de littérature qui m’emballaient tellement avec des professeurs remarquables qui me permettaient de faire émerger mes désirs profonds, voire mes visions dans la forme «mandala», et me donnaient la chance de les exprimer. Le milieu universitaire et philosophique me donnait l’occasion de mettre des mots, de la structure sur le monde d’intuitions qui me hantait durant la période où Neptune transitait sur les planètes principales de mon thème. En même temps le mouvement structuraliste était à la mode. Les commentaires que j’entendais à son sujet me semblaient simplificateurs dans la mesure même où l’on donnait peu de place à l’espace symbolique et proprement cosmique. J’étais en train de construire mon monde en respectant l’exigence de l’accorder à la réalité. Je poursuivais ce qui mijotait déjà à mes 13 à 15 ans, époque où j’avais identifié 4 planètes dans le ciel au cours de mes marches matinales et que je commençais à comprendre les liens qu’elles pouvaient avoir avec les horoscopes des journaux. Sans livre d’astrologie, en autodidacte, j’entretenais une créativité intérieure qui aidait ma relation au monde extérieur et aux personnes; ma perception et mon ressenti s’ajustaient.

À l’été 67, pour sortir de l’ennui, j’ai passé en faculté de philosophie qui s’ouvrait à Trois-Rivières sous l’égide de la faculté de philosophie des jésuites. Le risque était énorme, mais l’intérêt était là, et quelques étudiants m’y encourageaient. Mais cela n’aurait pas suffi, je le crois encore, à faire le saut. C’est l’examen de ma carte du ciel qui a été déterminante pour m’indiquer que j’étais dans la bonne voie. Un Jupiter bien soutenu, maitre de l’ascendant en maison 9, cela pèse lourd dans une telle décision que d’ailleurs je n’ai jamais regrettée. Cet exemple montre que l’astrologie pouvait être un guide. Elle m’avait servi aussi dans le choix de celle qui allait devenir mon épouse jusqu’à maintenant et encore. L’astrologie m’a permis de comprendre et d’accepter l’échec du premier amour. Par contre, l’accord des astres de ma carte natale avec celle de ma future femme m’indiquait qu’il y avait de grandes chances d’harmonisation de nos personnalités et de nos cœurs. Prendre les bons choix de vie apporte bonheur et paix, comme veiller sur son équilibre est un facteur de santé.

Le sens de l’orientation

Le sens de l’orientation est un principe fondateur des sociétés traditionnelles. En témoignent la géographie sacrée du monde grec; la structure quaternaire de la société hindoue; le centre et la croix des traditions chrétiennes. Puis, l’examen des sociétés précolombiennes révèle que les autochtones de ce continent savaient très bien s’orienter. Tout cela se voit dans les nombreux monuments des traditions concernées, et spécialement dans les temples solaires à ciel ouvert des péruviens Incas ou pré Incas qui montrent avec évidence la maitrise de l’orientation. Une telle capacité de représentation spatiale repose sur des connaissances impressionnantes en astronomie. Ces peuples savaient aussi transposer ces connaissances en mouvements dynamiques dans la danse et les rituels et même dans la musique rythmique temporelle, qui miment les mouvements de la terre et du ciel. Les rythmes repérés dans la nature ont servi à l’élaboration des calendriers civils et liturgiques à la base de l’organisation raisonnée des communautés humaines. Aussi, des rituels d’initiation s’appuyant sur le cycle annuel voulaient favoriser l’entrée de l’individu dans la ronde de la vie et des relations avec autrui et la communauté. Les lois de la terre et du ciel ont sans doute contribué considérablement au développement des langues et des savoirs. De plus, le sens de l’orientation bien intégré dans la personne donne un sentiment de sécurité surtout quand il fait écho au principe du centre.

L’astrologie en tant qu’épreuve initiatique

Mon engagement astrologique était déjà ancré quand je suis entré en faculté de philosophie de sorte que je n’ai pu cacher cette «maladie honteuse» quand mon précédent professeur de philosophie Alexis Klimov m’a invité à prononcer une conférence publique au Cercle de Philosophie qu’il présidait à Trois-Rivières. Pour lui, il allait de soi que je donne une conférence sur l’astrologie. Le titre choisi figurant sur les affiches publicitaires était «Astrologie, Nature et Destin» ; un titre qui se prêtait à une certaine démonstration de l’astrologie et à la discussion sur des thèmes courants de la philosophie. Plusieurs professeurs jésuites y assistèrent parmi un auditoire de 70 personnes environ. Je prenais des risques, mais j’ai passé outre aux inconvénients que me causait un professeur du groupe complètement fermé à l’astrologie et à la philosophie de Plotin.

Deux ans plus tard, je suis entré dans les bonnes grâces d’un vieux professeur d’éthique invité et rattaché à l’Université pontificale de Rome. En classe, il avait dit que chacun était libre de choisir son sujet pourvu qu’on y donne un traitement moral. Ensuite il invitait chacun à son bureau pour discuter du travail avec l’étudiant. Durant l’attente de son invitation au bureau l’inquiétude s’était emparée de moi. Car le niveau de risque que j’en paie le prix était très élevé. Sans lui demander, j’avais monté sa carte du ciel natal et je l’avais interprétée. Je n’avais pas son heure de naissance mais ce n’était pas nécessaire pour la démonstration que je voulais faire. J’ai tenu compte des sept planètes traditionnelles et d’Uranus de ce Verseau qui avait le Soleil conjoint Saturne. Bref, je soutenais que chaque planète avait un assez large éventail de significations dans un régistre spécifique, et j’ai surtout démontré que chacune comportait plusieurs niveaux qualitatifs de signification en lien avec le développement de la conscience morale et de la maitrise de soi; que la recherche de la vérité vécue de façon authentique pouvait produire la transmutation des significations basales attribuées aux planètes. Chaque facteur planétaire pouvait être vu et interprété comme une échelle de valeur qualitative franchissant les différents niveaux de l’être. Et ainsi pour chacune des planètes dans leur registre particulier. À la fin de la rencontre, il me remit mon travail et je vis qu’il m’avait accordé une très bonne note. Puis en nous laissantil ajouta : vous tenez dans ce travail votre sujet de thèse de doctorat !

Mes débuts comme enseignant de philosophie

En aout 1970 j’entrai au Cégep pour occuper une pleine tâche d’enseignement de la philosophie. Ce métier m’a enthousiasmé dès les débuts. Enseigner à des étudiantes et des étudiants de 17 à 20 ans était exaltant et vivifiant. Avoir un endroit pour transmettre ce qu’on a appris, c’est avoir la chance d’assimiler à fond les connaissances (ou la connaissance). Dès la première session, j’ai senti que j’avais fait le bon choix professionnel. C’était autant un engagement dans la voie de la connaissance que dans l’action relationnelle qui permet aux uns et aux autres de se découvrir comme personne humaine.

À l’approche de la fin de cette première session, j’ai eu l’extrême bonheur de vivre une expérience sublime qui a confirmé la valeur des principes métaphysiques qui m’habitaient et qui demandaient d’être révélés d’une façon expérientielle. Celle-ci a réglé toutes les inquiétudes que j’avais pu avoir. Aussi, à cet Instant, les mots tels que centre, équilibre, orientation, verticalité, même intelligence, volonté, sens spirituels, lumière et paix… prirent la valeur de principes de Réalité.

La place de l’astrologie dans le développement spirituel

Je ne puis dire que cette expérience gratifiante soit une conséquence directe de l’astrologie. Cependant, je peux dire que l’attention, la concentration, voire la méditation, investies en vue de résoudre l’énigme d’une carte du ciel pourrait augmenter l’aspiration au divin. Ce n’est pas banal. Selon saint Jean de la Croix, l’aspiration est la troisième étape du cheminement spirituel qui permet de sortir des deux nuits, nuit des sens et nuit de l’esprit. Autrement dit l’aspiration sincèrement vécue dans l’esprit du non-attachement solliciterait le répondant spirituel et céleste tel que le suggère le Cantique des Cantiques de la Bible dans les dialogues de l’époux et de l’épouse, et que reprend à son compte Jean de la Croix dans son Cantique spirituel.

Somme toute, je puis dire que mes recherches sur le zodiaque des douze auraient contribué à mon cheminement. En ce sens l’astrologie est un chemin spirituel, mais elle n’est pas la spiritualité, comme l’affirmait l’astrologue française, Solange de Mailly-Nesle au Symposium astrologique de l’ACAF tenu à Montréal les 1er mai, 1 et 2 juin 1991. L’astrologie n’en demeure pas moins un guide en cette vie, un guide qui donne place aux traits particuliers des humains et à leurs altérités radicales. Le zodiaque est encore une image de la communauté en nous. Je crois que le sens communautaire repose sur un tel fondement intérieur. Arriver à voir les êtres comme Dieu les voit est un objectif chez les mystiques; comme voir Dieu en l’autre, même indigent, est une exigence posée par une parole du Christ.

Trouver l’attitude juste pour faire face aux conditions qui se présentent

L’astrologie est encore un guide en ce sens qu’elle nous aide à voir clair dans les situations complexes que nous rencontrons parfois. Nous ne pouvons pas souvent choisir les moments les meilleurs pour agir, mais nous pouvons travailler sur l’attitude juste pour faire face à la «musique». L’astrologie m’a été une aide dans le métier d’enseignant de la philosophie. Je ne parlais pas d’astrologie sauf dans un cours où j’étais autorisé à le faire. Elle m’a été utile parce qu’elle me permettait d’anticiper sur l’état d’esprit des groupes d’étudiants que j’allais rencontrer d’une session à l’autre, et d’un groupe à l’autre à l’intérieur d’une même session. Par exemple, les étudiants d’un groupe, qui ont sensiblement le même âge, ont majoritairement la planète Jupiter dans le même signe. Jupiter se trouve à donner une signature comportementale à la cuvée d’étudiants de cette année-là. Mais on observe que Jupiter dans le signe suivant, l’année suivante, donne des comportements assez différents au sein des groupes. C’est semblable à un changement générationnel sous le rapport de la communication en groupe. Cette constatation me faisait dire parfois que l’habitude ne compte pas et qu’il vaut mieux développer sa capacité d’adaptation aux changements, sans être une victime du changement.

Quand on est assez compétent, on peut observer bien des détails semblables au quotidien et d’un coup d’œil. On ne sent plus le besoin d’aller consulter tout le monde pour faire son travail et prendre des décisions. Oui pour finir, je peux dire que l’astrologie bien comprise, utilisée avec discrétion, est un bon guide, mais elle n’est tout de même pas le Maitre.