Une Vierge enveloppée des signes du Ciel et de la Terre

Une Vierge enveloppée des signes du Ciel et de la Terre

Par Donat Gagnon

La carte du ciel placée en fin de l’article intitulé la « Conquête du Mexique et la fin des sacrifices humains » publié dans le Vol 4 No 2 de l’Astrospirale annonçait le présent article qui va traiter d’un fait prodigieux intervenu en décembre 1531 à Mexico, 10 ans 4 mois après la conquête de Tenochtitlan par Hernàn Cortès.

La carte du ciel que nous produisons ici aurait peu d’intérêt sans la connaissance du contexte et du moment précis qui a permis de l’ériger avec une domification établie à partir de l’heure locale de Mexico.

L’utilisation et l’analyse de la présente carte  ne se feront pas de façon conventionnelle. Elle sera plutôt l’occasion de faire un exercice cosmographique où les points de vue tropical, sidéral et constellé seront mis à profit.  Où cela nous amènera-t-il ?



(Note sur le format de carte du ciel choisi: D’abord la carte est érigée avec le zodiaque tropical qui s’accorde avec notre calendrier et facilite la compréhension de l’article en cours d’élaboration. Les traits en caractères gras signalent l’axe majeur vertical (MC-FC) et l’axe majeur horizontal (Asc-Desc.) L’axe vertical correspond à ce qu’on appelle le méridien supérieur. En raison de l’utilisation de la domification Meridian (méridienne), on peut voir deux ascendants sur la gauche de la carte; celui de la ligne horizontale est l’ascendant équatorial, c’est-à-dire l’endroit où l’équateur croise l’horizon Est, tandis que celui immédiatement au-dessus à 23° 40’ Verseau est celui des systèmes de domification qui privilégient le point de rencontre de l’horizon et de l’écliptique,tels les systèmes Placidus, Regiomontanus, Koch… La domification méridienne convient bien pour la représentation temporelle et les questions horaires, puisque l’heure est mesurée sur l’équateur en ascension droite (AD/RA). En astrologie et pour de nombreux autres besoins sur Terre, les positions planétaires sont données en longitude et latitude de l’écliptique. Par ailleurs, les coordonnées exprimées en terme de Déclinaison et d’Ascension droite sont plus en usage sur le territoire de la cartographie céleste des étoiles. Ces systèmes se complémentent sans s’opposer.)



La carte ci-haut est érigée en format zodiaque sidéral pour 10h03 am Mexico, 12 déc 1531.On peut remarquer que les planètes sont orientées sensiblement de la même façon que dans la carte montée en tropical. Celle-ci offre l'avantage de s'approcher plus près des constellations sans pour autant coïncider. Cependant, en raison du format différent que celui de la précédente carte, il manque un ascendant. Si on veut comparer avec la précédente carte, il faut soustraire 5° 06' à l'ascendant obtenu en domification Meridian pour avoir l'ascendant en Placidus, ce qui donnerait 5° 27' inscrit sur le zodiaque sidéral en domification Placidus. 


Quelques données de l'événement survenu le 12 décembre 1531 à Mexico

  Un fait prodigieux et miraculeux s’est produit dans l’avant midi du 12 décembre 1531 dans la maison de l’évêque Juan de Zumarraga à Mexico. Il s’agit de  l’impression de l’image de la Vierge Marie sur la tilma (carpe en forme de poncho) de l’indien aztèque Cuauhtlatoatzin qui avait pris le nom de Juan Diégo lors de son baptême catholique en 1525.  Cet évènement de l’image survenu dans l’évêché arrivait à la suite de cinq apparitions de la Dame à l’indien sur la colline de Tepeyac  au nord-ouest de l’ancienne ville de Mexico (Tenochtitlan).  D’entrée de jeu, nous affirmons que l’image en question peut être interprétée comme le signe et la carte de visite laissés par un être céleste issu de la transcendance divine, sur lequel signe on a pu déduire l’heure de l’impression de l’image. Il reste à savoir comment ?

L’image apparemment simple d’une Vierge Marie d’apparence très jeune, portant tunique et manteau ouvert s’avère beaucoup plus complexe quand on se met à l’observer et quand des scientifiques utilisent leurs ressources pour en percer les énigmes.

Parmi elles, on a remarqué qu’il y avait 46 étoiles sur les deux cotés avant du manteau. Cela eut l’effet d’attirer l’attention des observateurs qui ont eu recours à des astronomes pour leur demander si ces étoiles prenaient place dans leur ciel de l’astronomie. Disposant d’un bon observatoire, un premier groupe d’astronomes sous la direction du Dr Armando Garcia de Leon a pensé que ces étoiles faisaient partie de constellations connues et qu’elles étaient virtuellement visibles au-dessus de Mexico au moment de l’impression de l’image sur la tilma de l’indien. Je dis « virtuellement visibles » car c’est par les moyens de la connaissance acquise du ciel qu’on peut les supposer là au-dessus de nous en plein jour; on ne voit pas les constellations en plein jour ! C’était un excellent point de départ. Cependant les constellations concernées par les étoiles du manteau étaient-elles toutes virtuellement visibles de l’emplacement de Mexico ?  Pour ma part, je ne crois pas. Car certaines étoiles dont trois de la constellation du Taureau en bas à gauche du manteau dans notre perspective et Sirius en bas à droite du manteau, toutes quatre pour ne nommer que celles-là, étaient sous l’horizon mexicain et ont sans doute permis d’orienter ces ensembles d’étoiles à partir desquelles ils ont pu déduire l’heure de l’impression de l’image.

 

À force d’effort pour rattacher ces étoiles aux constellations connues, ce groupe d’astronomes finit par réaliser que la tilma et plus spécialement le manteau de la Vierge étaient devenus le Centre de convergence des étoiles.  Cela, disait-on ne correspondait pas à la façon habituelle de regarder le ciel et de le décrire.  C’est alors qu’ils ont pensé qu’ils étaient  en présence d’une perspective « cosmocentrique » qui modifiait quelque peu la forme des constellations concernées. Mais quel temps j’ai mis à me demander : qu’est-ce que cette perspective cosmocentrique ?  Bien sûr, on pense tout de suite à centre, mais où est-il dans ce contexte. Par ailleurs, en astronomie bien des centres sont possibles et justifiables dans un cadre relatif. Et quoi entendre par la notion de Centre dans un contexte où le spirituel s’en mêle ? (Nous reprendrons plus loin cette question.)  Et je me disais, pourtant, ici, il devrait s’agir d’un concept cosmographique que les astronomes consultés semblent avoir résolu. Je n’ai pas eu accès à leurs travaux, mais j’ai tout de même compris la manière dont ils se sont pris pour sélectionner les étoiles équivalentes à celles du manteau. Comment donc ont-ils justifié leur choix des étoiles empruntées, ici et là, dans un éventail assez large de constellations, d’autant plus que ces étoiles sont projetées sur le manteau aux endroits appropriés et non au hasard ?

Pour ma part, depuis onze ans une idée me trotte dans la tête, que j'ai d'ailleurs énoncée à l'époque dans une causerie que je donnais à Québec. Je faisais un exposé sur la métaphysique de l'astrologie. Déjà j'avais pris connaissance du livre du Père François Brune sur les Miracles et autres Prodiges dans lequel se trouve une section consacrée à la Vierge du Mexique. J'avais été saisi de l'hypothèse de l'inversion des regroupements d’étoiles (constellations) et de leur projection sur le manteau de la Guadalupe. À cette époque, je voyais déjà un lien entre l'inversion en question et une histoire d'Abraham extraite du livre de la Genèse. Pour faire saisir un sens possible de cette histoire, je me rapporte au théologien juif Rashi considéré comme le plus grand interprète de la Bible hébraïque qui vivait en France au XIIe siècle. Il fait remarquer dans son interprétation du texte qu'Abraham était en état de rêve, qu'il s'était vu élevé très haut dans le ciel et qu’il s'était entretenu avec un interlocuteur céleste qui lui a montré ce qu'était la vision de haut en bas comme la lumière des étoiles dirigée vers la Terre. Avec les années, cette idée a fait son chemin. En plus, je dois dire qu'à l'automne 1970, j'ai acheté un sphère céleste en plastique transparent sur lequel les constellations d'étoiles sont inscrites et disposées de façon assez précise, de même que des lignes en filigrane pour indiquer les déclinaisons, l'équateur, l'écliptique et leurs subdivisions en temps et en degré. La Terre au centre de la sphère est ajustable en fonction du lieu qu'on veut considérer, en la faisant pivoter de gauche à droite et de haut en bas. La boule rouge représentant le Soleil à l’intérieur de la sphère, est reliée par une tige de métal attachée à la pièce mobile du pôle de l'écliptique, ce qui permet de déplacer le Soleil au degré désiré sur les 360° de l'écliptique. Le tout est monté sur un trépied qui supporte ce qu'on peut appeler la sphère locale du plan horizontal et du plan vertical représentés respectivement par un grand cercle horizontal et par le premier méridien ou cercle horaire de midi. À tout bien considérer, depuis 1970, je me trouve devant une sphère céleste (Torica Astroglobe) fabriquée par des savants japonais qui avaient pour objectif de faire comprendre les mouvements du ciel à l'époque où les Américains annonçaient leur projet de conquête de la Lune. J'ai fini par comprendre que mon rapport à cette sphère est en partie comparable à la perspective d'Abraham projeté haut dans le ciel et regardant en bas vers la Terre. Cette sphère a aidé ma compréhension de  la cosmographie du zodiaque, comme elle me sert encore à situer l'image de la Vierge de Guadalupe du Mexique dans la Sphère Céleste vivante.

Le premier groupe d’astronome, je le rappelle, sous la direction du Dr. Armando Garcia de Leon, du Département des Éphémérides de l’Université Nationale Autonome de Mexico (UNAM) a pu ainsi, rapporte P. François Brune, reconstituer le ciel qui se trouvait au-dessus de Mexico le 12 décembre 1531. (Cf. La Vierge du Mexique ou le Miracle le plus spectaculaire de la Vierge Marie. Paris, Le Jardin du Livre, 2002, p. 84)  Ce dernier a même établi que l’image a dû s’imprimer sur la tilma à 10 h 40 de l’avant midi. D’après le Nican Mopohua, un des premiers documents écrit en nahuatl et traduit en latin dans lequel sont consignés les faits d’origine des apparitions et de l’impression de l’image, on savait que c’était dans le cours de la journée du 12 décembre mais on ne connaissait pas l’heure.  Grâce à la technologie  moderne du Planétarium Spitz Junior de Mexico, il a pu découvrir que l’heure qu’il avait trouvée correspondait précisément au solstice d’hiver.

Partant de la même hypothèse, le Dr Juan Homero Hernandez Illescas obtint un résultat différent, soit 10 h 26 de l’avant midi. Les deux groupes, peut-on dire, concluaient avec satisfaction que ces résultats tombaient précisément sur le solstice d’hiver 1531. La découverte était remarquable.  Mais tout de même, j’avoue que cet écart de temps me gênait.

Les astrologues comme les astronomes savent très bien que le solstice d’hiver se situe à 0°Capricorne vers le 21 décembre.  Suis-je dans l’erreur quand je parle du 12 décembre 1531 ?  Non, car à l’époque on utilisait le calendrier Julien qui a été corrigé en ajoutant 10 jours pour s’accorder avec le calendrier Grégorien que nous utilisons depuis 1582 dans certains pays et progressivement dans les autres, avec des réticences chez certains groupes humains.  Par conséquent, on comprend que le 12 décembre marquait le début de l’hiver et le jour du solstice.  Aussi le solstice d’hiver est un point mathématique abstrait qui marque le moment du jour où le Soleil est au plus bas en déclinaison australe (-23° 30’ en dessous de l’équateur céleste).

Or la durée du jour moyen fait 1° moins 4’’ d’arc en longitude écliptique ou 0°59’56’’, soit cinquante-neuf minutes, cinquante-six secondes d’arc sur l’écliptique, mais le solstice n’occupe qu’un moment précis et abstrait dans l’arc de cercle d’un jour. Si on triche ou se trompe d’une seconde, la Terre a eu le temps de tourner de façon minime mais tout de même significative. Un écart de seconde, et forcément un écart d’une minute d’arc devient significatif quand on le traduit en temps. Chez les deux

groupes d’astronomes ci-haut, l’écart temporel de 14 minutes de temps correspondait à un écart de 36 secondes d’arc de cercle (36’’). C’est très peu dira-t-on mais c’est tout de même une fraction significative d’un tour de Terre sur elle-même ou de rotation sidérale vue de la Terre.  Cela suffit pour changer la domification d’une carte du ciel ou l’aspect d’une carte astronomique. Par conséquent dans ce domaine, il faut pousser la précision plus loin que ne l’ont fait les deux groupes cités, c’est-à-dire atteindre le point du solstice d’hiver en terme de seconde 0. De plus, il est indispensable que les coordonnées du lieu de l’évènement soient bien connues et bien traitées. Il y a différentes méthodes en usage dont certaines donnent des résultats approximatifs. La plus précise enseignée et de plus en plus intégrée dans les logiciels est celle qui recourt à l’heure du méridien local LMT. Son usage aurait évité, je crois, les imprécisions des groupes dont je parle; par contre je leur accorde le mérite d’une trouvaille remarquable.

Pour ma part, je suis arrivé à un résultat différent en m’appuyant sur leur propre affirmation que « l’impression de l’image avait dû se faire au moment précis du solstice d’hiver». J’ai simplement appliqué ce que je viens de dire jusqu’à zéro seconde d’arc sur l’écliptique.  En remplissant l’exigence du 0°0’0’’ pour la position du Soleil au Capricorne, de même qu’au solstice, j’obtiens 10 h 03 pour l’impression de l’image sur la tilma de Juan Diégo. Je rappelle que je me suis appuyé sur leur argument du « moment précis du solstice ».  Par ailleurs, je comprends que l’option des deux groupes et moi-même en faveur du solstice puisse sembler arbitraire.  J’accueille cette objection. Mais j’ai deux avis là-dessus. 

Le premier : Au cours des années, j’ai compris que les principes de la cosmographie, laissent peu place à l’arbitraire des inventions fantaisistes. Nos horloges les plus perfectionnées n’en font pas plus en matière de rendez-vous honoré. Quant à l’axe des solstices, on peut dire qu’il a toujours été traité avec le plus grand respect aussi loin qu’on puisse reculer dans le registre des connaissances universelles. L’axe des solstices se place dans le même axe que le méridien supérieur défini par un grand cercle qui franchit plusieurs points essentiels de l’architecture cosmographique. Ce point d’origine mérite quelques précisions.

Au contraire de l’axe équinoxial défini d’Est en Ouest à partir du point Vernal (Printemps-Bélier), l’axe solsticial est orienté du Nord au Sud dans l’axe des Pôles. Ses points d’ancrage pour le préciser davantage, sont les moments de l’année où le Soleil est au plus bas, à -23° 30’ (Cette valeur dépend de l’inclinaison de la Terre; des perturbations majeures peuvent parfois en causer des variations) en déclinaison sud de l’équateur céleste(Tropique du Capricorne) et au plus haut, à +23° 30’ en déclinaison nord (Tropique du Cancer) dans la Sphère équatoriale. Du coup, cela situe le Nord et le Sud pour l’observateur terrestre qui agit comme centre à partir duquel est élevé la verticale du lieu (Zénith); de ce vertical, on trace le cercle du Premier Méridien qui passe par les Pôles, ensuite par deux Milieux de ciel et deux Fonds de ciel.  Le premier MCAD ou  milieu de ciel d’ascension droite mesuré en temps sur l’équateur et parfois en longitude d’ascension droite, s’inscrit sur le premier méridien; il coupe aussi son point opposé à 180° (FCAD ou fond de ciel  d’ascension droite).  Le second Milieu de ciel coupe l’écliptique au midi local (MC) ainsi qu’au point minuit opposé à 180° (FC). De même prend place sur le premier méridien, le Nadir opposé au Zénith à 180° en-dessous de l’observateur de l’autre côté du globe terrestre. Deux coordonnées sont utilisées encore en astronomie pour les mesures de la sphère locale ou système des coordonnées horizontales; d’abord l’Altitude d’un astre par rapport à l’horizon de l’observateur; ensuite l’Azimut mesuré sur le grand cercle horizontal à partir du Nord, en allant vers l’Est jusqu’à 90°, vers le Sud jusqu’à 180°, vers l’Ouest jusqu’à 270°, et finalement au Nord à 360° ou 0°.  Dans certains ouvrages ou pour des utilisations spécifiques, on fait commencer l’azimut au sud comme l’indique la sphère céleste Torica AstroGlobe.

Cela étant compris et dans un tout autre registre, on peut dire encore du Premier Méridien supérieur qu’il signe pour l’homme son sens de la verticalité et des états supérieurs qui l’appellent à s’élever et à sortir des conditionnements de la gravité terrestre exprimée symboliquement par la rotation de la Terre sur elle-même d’ouest en est. Tandis que la conscience, la liberté et la légèreté de l’esprit sont des états caractéristiques de la verticalité spirituelle qui s’appuient symboliquement sur l’axe solsticial et le Premier Méridien supérieur. C’est ainsi que l’individu humain commence à prendre conscience de sa situation centrale et verticale dans le vaste monde. Le centre et la verticalité sont en même temps des propriétés universelles qui unifient tous les individus humains sur terre capables d’en faire l’expérience.

Deuxième avis. Dans son livre Symboles fondamentaux de la Science sacrée, René Guénon a écrit quelques chapitres sur ce thème et d’autres qui lui sont très rapprochés. Entre autres, il dit sommairement que les deux solstices sont à voir comme deux portes : « la porte des hommes » pour le solstice d’été et « la porte des dieux » pour le solstice d’hiver.  Dernièrement Madame Carole Lalonde en a fait mention dans son Mot de la Présidente en page d’accueil du site d’Orian.  J’étais heureux qu’elle parle de ce thème si important auquel j’ai consacré le meilleur de mes réflexions depuis plus d’une année dans mes efforts pour comprendre l’image que nous offre la Vierge Guadalupe du Mexique, sans ignorer en outre ma formation acquise par la lecture des œuvres complètes de Guénon au cours des années soixante-dix.  Enfin de compte, les apparitions de la Vierge Marie à Juan Diégo (2 fois le 9 décembre; 1 fois le 10; 2 fois le 12) et 1 fois à son oncle Juan Bernardino également le 12 décembre, plus la guérison de ce dernier le même jour alors qu’il était à l’article de la mort, sont autant de marques de compassion dignes d’un être céleste. Il me semble que ce sont là des signes providentiels qui sont des pâques, au sens de passage par le centre et la verticalité, et qui sont à mettre sur le compte de la porte des dieux du solstice d’hiver.

Quand nous serons plus avancés dans l’analyse de la carte du ciel étroitement reliée à l’image de la Vierge Marie, les lecteurs comprendront mieux que rien n’est laissé au hasard dans toute cette histoire. Il a fallu les outils actuels de la science astronomique pour parvenir à trouver l’heure d’un évènement qui date de quatre-cent-quatre-vingt-deux ans. Si cette image est porteuse d’un sens prophétique pour notre époque, on peut à peine entrevoir le niveau de sagesse et de cohérence pour obtenir un rendez-vous aussi précis. Juste un petit calcul. Combien de tours de terre entre la formation de l’image et aujourd’hui ?  Faites le calcul 482 ans multiplié par 365.25 jours (en calendrier grégorien) donnent le nombre de tours de Terre sur elle-même, et une fraction... La régularité de l’horloge astronomique est impressionnante.

Si l’on revient à l’image de la Guadalupe, il nous apparait que celle-ci s’est formée à un moment important du cycle annuel, le solstice d’hiver, susceptible de servir de support symbolique d’un évènement spirituel et céleste significatif pour l’humanité. Les civilisations maya, toltèque, aztèque, inca et celles des autres continents connaissaient ces repères sur lesquels elles pouvaient faire unité.  Des bornes géodésiques, des dolmens, des édifices publics étaient construits pour servir à repérer les grands axes du ciel qui servaient ou qui servent encore à mesurer le temps et l’espace, de même que les Temps de l’Espace sacré. La technique des révolutions solaires en astrologie est une pratique qui tient compte d’un retour cyclique qui permet d’approfondir l’importance du Soleil de l’individu ou de celui d’un fait cosmique. L’intériorité et l’appréciation du chemin parcouru s’acquièrent à l’occasion de ces temps d’arrêt voulu par l’individu et la communauté.  En appliquant la méthode de la révolution solaire à l’évènement « impression de l’image de la Guadalupe du Mexique », on pourrait  constater en premier lieu que le Soleil est toujours au rendez-vous du 21 décembre environ mais toujours à 0° Capricorne, ensuite on pourrait penser à méditer sur cet évènement qui semble avoir eu et a encore une importance cosmique.  Le 21 décembre 2012, a-t-on dit ailleurs, marquait la fin d’un grand cycle du calendrier maya et le commencement d’un Nouveau Soleil chez les Mayas pour signifier le commencement d’un nouveau cycle, d’une nouvelle énergie ou d’une mutation.  Après tout, la manifestation d’un être céleste qui s’est présenté comme la Très Sainte Vierge Marie de Guadalupe devait avoir, elle aussi, quelque motif supérieur pour choisir un tel moment.  

L’image venue de l’invisible   

Pour nous reposer des considérations abstraites de la cosmographie, nous allons maintenant passer à l’examen attentif de l’image de la Guadalupe. Il fallait se mettre d’accord sur le langage de l’environnement terrestre et céleste pour être capable de se comprendre plus allègrement sur le vif du sujet, c’est-à-dire la vérification des prétentions de nos énoncés.  L’identification des nombreux signes inscrits dans l’image devrait produire la preuve du caractère prodigieux de cet artéfact non fait de main d’homme. Mais en plus, on n’a pas terminé de faire de nouvelles découvertes sur cette image venue de l’invisible.  Certaines découvertes scientifiques dans les domaines de l’ophtalmologie, de la géographie et probablement de l’astronomie ont été devancées par le contenu mystérieux de l’image qui interdit de dire aujourd’hui qu’il s’agit d’une peinture. Aussi on est à même de distinguer la part de l’image qui est vraiment d’origine de tout ce qu’on aurait ajouté sous prétexte d’amélioration esthétique et d’expression idéologique.

Les éléments de l’image

Je n’ai pas planifié un ordre de présentation de ces éléments auxquels j’apporterai quelques commentaires.  J’ai décidé de me laisser porter par les mouvements que je ressens à l’observer.  D’ailleurs, pardonnez-moi, on pourrait dire que la Femme en question est elle-même portée dans un espace éthérique ou dans le ciel par un ange qui a des ailes d’aigle. Pourquoi ces ailes qui viennent rompre avec le beau rayonnement doré qui entoure la Femme dans toute sa hauteur ? Pour le moins, on peut dire que les deux personnages font unité en ce sens que les plumes d’ailes complètent la courbure de l’auréole. Le bras droit de l’ange tient l’extrémité droite du manteau (dans la perspective de l’ange) tandis que son bras gauche relève la tunique de telle façon qu’on aperçoit le croissant de Lune de couleur noire qui repose sur la tête de l’ange. Étrange n’est-ce pas ? On dirait la Femme de l’Apocalypse de Jean, transportée au désert par les ailes de l’Esprit. Mais ici il n’y a pas de serpent sur la Lune ni d’ailleurs dans la description de la Femme dans le ciel de l’Apocalypse de Jean.  Mais, il s’est trouvé des gens qui tenaient à ce qu’il y ait un serpent sur la Lune de la Guadalupe et en ont fait peindre dans certaines reproductions picturales ou en ont parlé dans leurs écrits.  Au-dessus de l’avant-bras droit de l’ange on distingue une forme que certains prennent pour un serpent, au lieu d’admettre qu’il s’agit du pied droit de la Vierge.

Quelles significations accorder aux éléments de la base de l’image ? 

D’abord l’ange.  L’ange évoque par ses ailes le mouvement aérien de l’esprit. On sait que les catégories d’anges sont identifiées par le nombre ou la forme de leurs ailes. Le présent ange semble bien particulier avec ses ailes d’aigle aux couleurs du Mexique, rapporte le Père François Brune.  Il se pourrait bien que la Vierge ait fait une place de choix pour son messager qui a bien un visage d’homme.  En l’occurrence celui-ci pourrait bien être Juan Diego qui lui a servi de messager dans sa négociation avec l’évêque Juan de Zumarraga en vue de faire ériger un petit temple et faire connaitre Dieu.  Après tout, ange en grec ancien signifiait simplement messager.  Il y a plus pour le confirmer.

Avant de s’appeler Jean, le messager de la Vierge s’appelait Cuauhtlatoatzin, dont le nom signifie « qui parle comme un aigle, qui ne dissimule pas, qui parle vrai ». L’aigle est le symbole de Quetzalcoatl, le serpent à plume un dieu solaire civilisateur chez les Aztèques. Mais l’aigle est aussi le symbole de saint Jean dans la tradition chrétienne. À son baptême catholique en 1525, on lui a donné ce prénom Jean, Juan en espagnol. Quant à son nom de famille Diego, il vient de son parrain Diego de Orgaz. Le …zin à la fin de son ancien nom aztèque signifie qu’il était de famille noble et cultivée, le troisième fils de l’empereur et de la princesse d’une région voisine de Tenoctitlan (l’actuelle Mexico). On rapporte qu’il avait fait l’école militaire et qu’il avait combattu au côté de Cortès, et même qu’il avait été élevé au grade de Chevalier de l’Aigle. Le nom de son lieu de naissance Cuauhtitlan suggère aussi qu’il était de la région de l’Aigle, pour la raison que « cuau » signifie aigle.  C’est facile de constater  que la Vierge a honoré les origines de Cuauhtlatoatzin en joignant ces ailes d’aigle à sa propre couronne de gloire.  Celui-ci que la Vierge appelle « son tout petit, le plus petit parmi les pauvres » avait tout de même 57 ans, étant né en 1474 (26+31 =57).  De toute évidence, c’était une figure dans le style spirituel, une façon d’exprimer la noblesse du cœur et l’humilité de quelqu’un engagé dans la recherche et le service de Dieu. Juan Diego serait mort le 9 décembre 1548,  le même jour que la première apparition de 1531. Il a été canonisé le 31 juillet 2002 par le pape Jean-Paul II dans la Basilique Nouvelle de Guadalupe à Mexico. La fête de sa commémoration est bien le 9 décembre. Quant à l’évêque Juan de Zumarraga, il est décédé le 12 décembre de la même année, qui devient le jour de sa commémoration, en même temps que la fête commémorative de la Guadalupe du Mexique.  Juan Diego a mérité cette attention quand on considère que durant dix-sept ans dans le petit temple, il a transmis et répété aux pèlerins  son expérience des rencontres avec Marie. 

La Lune de couleur noire

La Vierge est quelquefois représentée sur une Lune. Si le contexte renvoie au texte de la Genèse elle écrase la tête d’un serpent. Mais ce n’est pas le cas ici. C’est déjà assez que la présente Lune soit noire. Car elle représente symboliquement la condition humaine avec ses obscurités, ses défauts, ses misères et ses efforts constructifs. Dans la cosmologie traditionnelle, le monde était partagé en monde céleste et en monde sublunaire; la Lune en marquait la frontière.  La présente Lune de couleur noire a son équivalence en astrologie avec le cycle des nœuds lunaires qui fait un peu plus de dix-huit ans. Comme ce cycle lunaire est incliné par rapport à l’écliptique, chaque mois la Lune traverse cette dernière en deux endroits qui sont définis comme des nœuds en astronomie mais qui sont aussi figurés par un Dragon (il serait plus logique d’en avoir deux) qui aurait une tête et une queue.  C’est le Nœud nord de la Lune et son Nœud sud. Ce sont des énergies qui se renouvèlent mensuellement avec les lunaisons. Le Nœud Sud est porteur du passé, tandis que le Nœud nord est tourné vers l’avenir. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut tuer, mais qui doit être maitrisé au quotidien. Le Nœud sud représente le bagage qu’on a déjà en naissant,  le Nœud nord ce qu’on va en faire en terme de destin, d’éveil et de réalisation dans notre marche en avant, à savoir ce que nous allons incarner. Ces nœuds, peut-on dire, symbolisent aussi le courant. Est-il toujours bon de suivre le courant ? On peut voir beaucoup de choses là-dedans, les modes, les idéologies envahissantes, les pressions, etc. Donc, cela pose la question, doit-on suivre le courant ou non ?  La coutume en astrologie voulait que le Nœud nord  ou la tête du Dragon soit naturellement favorable. J’ai observé parfois que certains astrologues hésitent maintenant à donner pleine confiance à la prétention que le Nœud nord est nettement favorable.  Ils y voient des occasions d’être piégé. Le discernement est encore de mise dans le monde sublunaire.

La Vierge de Guadalupe savait à quel monde elle s’adressait, aussi bien les conquérants que les conquis. Les paroles qu’elle a transmises laissent entendre clairement qu’elle s’est manifestée pour apporter consolation, guérison, joie de la découverte d’un Dieu qui n’exige pas des sacrifices d’êtres humains mais plutôt rassurer les humains sur le fait qu’ils sont aimés et qu’ils peuvent être aidés.

La boucle à la taille

Une coutume voulait que les femmes enceintes d’Europe et du Moyen-Orient portent ce genre de boucle à la taille en signe de maternité. C’est sympathique mais derrière les coutumes et même les superstitions, il y a la plupart du temps un enseignement caché car les hommes ont la mauvaise habitude d’oublier, n’est-ce pas ?

Le Père François Brune m’a mis sur une piste qui a aiguisé ma curiosité.  Il a remarqué que l’angle de cette boucle est de 47°.  À quoi ce degré correspond-il ?  Quarante-sept degrés c’est deux fois 23.5° (23 °30’), correspondant à l’écart en déclinaison des solstices d’hiver ou d’été par rapport à l’équateur céleste (ou les  Tropiques du Cancer et du Capricorne).  La boucle est aussi plus inclinée sur un côté.  Ces différentes inclinaisons laissent croire qu’elles correspondent aux variations des levers du Soleil aux moments des solstices et des équinoxes, ce qui fait quatre bandes de ruban. Les deux autres pourraient-elles se reporter à l’un ou l’autre des cas suivant?  La lettre V elle-même dans le mot Vierge fait 47°. Également la lettre X aurait deux angles de 47° correspondant aux cercles qui entourent les Pôles de l’écliptique, deux cercles qui touchent les Pôles Nord et Sud célestes. La lettre grecque Chi (X) traversée par le Rho (P) forment le symbole universel du « chrisme » qui se retrouve dans de nombreuses armoiries religieuses et dans des confréries. Le Centre projeté en hauteur devient symboliquement le Pôle au milieu des coordonnées de l’espace-temps; c’est ce que le chrisme symbolise.

Il existe encore un autre angle de 47° qui occupe beaucoup de place sur la tunique de la Vierge. Il s’agit de la planète Vénus fortement représentée par une fleur à 8 pétales reproduite huit fois sur la tunique.  Et cela aurait à voir avec les particularités de son cycle de cinq conjonctions avec le Soleil en huit ans.  Deux séries de conjonctions, les supérieures (derrière le Soleil) et les inférieures (devant le Soleil).  Puis, il y a les transits ou passages rétrogrades devant le Soleil qui sont plus exceptionnels. La conquête du Mexique s’est faite, d’ailleurs, entre deux transits rétrogrades sur une période de huit ans; celui du 25 mai 1518 et celui du 23 mai 1526. Le transit de Vénus survenu le 8 juin 2004 et celui du 5 juin 2012 étaient des répliques de ces transits exceptionnels. Entre les deux époques, il n’y eut qu’un seul double transit analogue, 243 ans plus tôt en 1761 et en 1769.

Pour finir avec le 47 degré, il se trouve que l’orbe qui sépare Vénus du Soleil n’atteint jamais le 48° degré lors de leur éloignement maximal.  Dans le numéro 800 d’octobre 2013, Sciences et Avenir, s’interroge encore sur l’énigme des nombres premiers, ces nombres qui ne sont divisibles que par 1 ou par eux-mêmes. Ils semblent s’inscrire à l’intérieur des spirales de vie. Stanislaw Ulam, un mathématicien américain a découvert que la suite interminable des nombres premiers s’enroulaient dans un mouvement en spirale à l’inverse des aiguiles de la montre. Chaque fois le cortège des nombres premiers, tel le 47, se range dans les diagonales. Cela me rappelle étrangement la forme de la structure de la molécule d’ADN, qui est une spirale de vie ; l’analogue devrait se retrouver aussi dans certains mouvements du ciel.

On ne quitte pas Vénus si facilement.  L’étoile à cinq branches est en même temps un polygone à cinq côtés.  Ce dernier entre dans la considération de ce que les anciens appelaient la divine proportion ou proportion dorée qui s’exprimait par un carré pouvant s’inscrire dans un rectangne en laissant l’espace d’un autre rectangle de proportion analogue, et ainsi de suite… La formule du rapport entre le petit côté et le grand du rectangle s’exprimait par le nombre suivant : 1.61803… ou par (1+ 5) divisé par 2 .  La toile de la Vierge Guadalupe nous donne l’occasion d’apprécier cette proportion. On remarque qu’il  manque une partie à l’image, et ce depuis 1647 quand on a décidé de la mettre sous verre pour la protéger, sauf qu’on l’a raccourcie pour qu’elle entre dans le cadre. Il me semble qu’on aurait dû plutôt agrandir le cadre.  Alors pour retrouver l’exacte dimension de l’image, on a fait appel à la formule de la divine proportion. Ainsi, on a pu retrouver la longueur qui manquait à l’image. Cela ne donnait pas le bout de toile manquante. Néanmoins on a pensé à chercher des reproductions que des peintres auraient faites avant la date de 1647. On en a trouvées, et on a retenu celle que Juan Diégo avait fait exécuter de son vivant pour l’avoir près de lui dans sa résidence. Cette peinture dont son fils a hérité s’est finalement retrouvé sur le bureau du pape Jean-Paul II au Vatican. Elle comprend la partie manquante avec la continuité du rayonnement en élipse au-dessus de la tête.  Quant à la forme du rayonnement aurique, elle a à voir avec la même formule de la proportion dorée déduite du pentagrame que l’on peut réaliser sans passer par les mathématiques, mais simplement en rapprochant deux cercles de même grandeur jusqu’à ce qu’un point du cercle de l’un comme de l’autre vienne à faire contact avec le point central de l’autre respectivement. Il en résulte une forme semblable à celle qui entoure le corps de la Vierge. Cette forme porte plusieurs noms à travers l’histoire : la vessie de poisson, l’amande, la mandorle, l’auréole de gloire dans les représentations du Christ entouré des quatre vivants : Taureau, Lion, Aigle, Ange. La présente auréole sur l’image de la Guadalupe est un cas semblable, et nous verrons de mieux en mieux comment elle est entourée.

De la Lune de couleur noire à la Vénus rayonnante de Soleil

J’ai tenu à ménager la Lune malgré sa noirceur qui représente la condition humaine en proie à toutes sortes de tristesse à guérir, de fragilité à gérer avec intelligence, de bêtises et de pièges à éviter avec sagesse. Au cours de l’étude de l’image nous verrons de mieux en mieux que la Vierge n’est pas là pour condamner, d’où la disparition du serpent sur la Lune. À la place, on croirait voir un poupon emmaillotté, tenu à bout de bras par l’ange que nous avons la prétention de croire qu’il est Juan Diégo. N’oublions pas aussi qu’Elle s’est aussi présentée comme la Mère de tous. Elle est toujours enceinte et est toujours Mère de l’enfant spirituel en chacun, conformément à une parole de Jésus en croix quand il dit : « Femme, voici ton fils ; Jean, voici ta Mère ».  Comme la Lune est du voyage, malgré sa noirceur, elle doit avoir une signification qui concerne l’archétype féminin de la divinité. Par contre, l’insistance sur Vénus dans la composition de l’image révèle que la Vierge relève d’un symbolisme plus proche de la conjonction Vénus-Soleil.  Car Vénus est une figure de la beauté et de l’amour humain tandis que le Soleil est un symbole de l’amour divin. La conjonction de Vénus-Soleil signale le lien érotique de l’amour humain à l’amour divin au sens où le chante l’auteur du Cantique des Cantiques.

 

L’étendue du Royaume de la Dame

À mesure que cette image livre ses secrets, on dirait que le territoire de son rayonnement s’agrandit. Elle s’est d’abord présentée en voulant un petit temple à la Colline de Tepeyac, ce qu’elle obtint quinze jours plus tard. Pendant quelques décennies, elle était la Vierge Guadalupe de Tepeyac. Son rayonnement prenant de l’expansion, elle fut nommée Reine de Mexico. Mais comment justifier qu’elle soit devenue par la suite Patronne du Mexique ?

La tunique peut répondre à cette question.  Grâce à leurs connaissances du territoire mexicain, des géographes se sont rendu compte que l’emplacement des fleurs de Vénus correspondaient aux plus hauts sommets de montagne du Mexique, même les volcans sont identifiés par une zone enneigée à leur sommet.  Ils ont confirmé que la tunique était un genre de carte géographique du Mexique.   

Tout ce que nous avons dit à propos de la boucle à la taille vaut également ici car le lexique de la géographie est à l’image de la cartographie du ciel, selon le bon vieux principe « la terre est mesuré par le ciel ». Cette tunique, à l’image d’une carte géographique, est orientée selon le modèle ancien qui place l’Est en haut. Par conséquent la Vierge, en projection horizontale, aurait la tête dans le Golfe du Mexique et les pieds dans le Pacifique. Le Nord serait à gauche et le Sud à droite.  En somme, les coordonnées terrestres, en longitudes et latitudes géographiques redoublent les coordonnées célestes de l’équateur, de l’écliptique ainsi que des méridiens ou cercles horaires. D’autres signes sur la tunique sont encore associables à la géographie du Mexique. On dit que les grandes tiges florales qui se terminent en forme de narines (tepetl) révèleraient le nom du seul endroit des apparitions et des sanctuaires qu’on y a construits, la Colline de Tepeyac. Cet endroit Unique et Central ne peut se trouver que là où il y a une fleur unique en son genre sur la tunique. Cette fleur symbolique à quatre pétales et un bouton central est immédiatement en-dessous de la boucle et à l’endroit où la Mère porte l’Enfant. Cet endroit que les Indiens ont reconnu immédiatement étaient pour eux le Nahui Ollin ou Centre du Monde, Centre des quatres mouvements, ou Roi du Monde. C’est à cet endroit que la constellation du Lion se trouve et particulièrement l’étoile Regulus signifiant Petit Roi.

Par les signes qu’Elle a laissés sur sa tunique, on comprend mieux qu’Elle soit reconnue comme la Vierge du Mexique.  Par ailleurs, en 1945, le pape Pie XII déclara que la Vierge de Guadalupe était la « Reine du Mexique et l’Impératrice des Amériques. »  En 1946, il la proclama « Patronne des Amériques. »  Mais des Amériques… c’est un peu fort ! Comment le démontrer ?

Impératrice et Patronne des Amériques

Oui, c’est possible à justifier en partant de l’image et en utilisant l’outil géographique et l’outil cosmographique. On reste bien sur Terre tout en se servant des règles du ciel pour la mesurer.  Pour être davantage pratique, nous allons prendre la bonne vielle méthode des arpenteurs pour tirer les lignes et consigner l’orientation des terrains dans des documents enregistrés.  Partant du méridien du jour reconnu comme valeur sure, on trouvait l’écart angulaire que faisait « la ligne du terrain » avec le Méridien du lieu, exprimé en terme d’heure, minute, seconde, ce qui est la mesure de l’ascension droite sur l’équateur. Cela peut aussi se traduire en degré d’arc d’ascension droite. C’est ce genre de langage qu’on peut lire dans les anciens contrats notariés.  

Repartons avec notre thème de l’heure de l’impression de l’image de la Guadalupe sur la tilma de Juan Diego, celui de 10 h 03, le 12 décembre 1531 à Mexico. Cette heure définit un angle par rapport au Méridien local de Mexico.  Le Soleil à 10 h 03 produit un écart de 1 h 57 m  par rapport au méridien pour un observateur de Mexico. Ces données ramenées à l’horizontal géographique créent deux lignes qui se croisent à Mexico et qui peuvent être prolongées autant au Nord qu’au Sud. Le méridien est le repère de référence, mais l’axe produit par l’écart angulaire nous intéresse particulièrement.  Il est comme la ligne d’un terrain. Ici le terrain est très vaste puisqu’il s’agit des trois Amériques. Si vous utilisez un bon Atlas géographique vous remarquerez que l’axe produit par l’écart horaire de 1 h 57 m correspond sensiblement à l’axe médian des trois Amériques. Nous venons d’utiliser la règle de l’ascension droite (AD) pour effectuer ce calcul. Nous pouvions aussi bien prendre l’écart d’arc de longitude écliptique donné en degré, minute… dans l’exemple, ce serait 27° 2’ qu’on peut relever sur la première carte du ciel publiée en début de l'article, qui aurait donné sensiblement le même résultat. En plus, on pourrait rendre cela en terme d’Azimut qui donnerait le résultat suivant : 180°-27° 2’ = 152° 58’ Sud-Est.  

Si on s’en tient à l’écart horaire de 1 h 57 m, on constate que cette durée correspond sensiblement à l’écart en temps solaire entre les villes de Mexico et le nord-ouest de l'Argentine au point de rencontre du Soleil au zénith du Tropique du Capricorne. Par ailleurs cet axe peut être prolongé jusqu'à Buenos Aïres, capitale de l’Argentine. Maintenant si, en partant de Buenos Aïres, on remonte vers le nord-ouest, qu’on frole le sud-ouest de la Bolivie, le nord-est du Chili, qu’on traverse les hauteurs du Pérou dans toute sa longueur, de même pour l'Équateur, que l'on continue sur cette ligne (notre axe), on arrive ainsi à Mexico; puis encore en poursuivant au nord on survole les Rocheuses pour aboutir quelque part au Yukon ou en Alaska. Finalement en tirant des lignes parallèles à notre axe, par exemple pour joindre l’Alaska à la Terre de Feu, ou l’extrémité Est du Brésil et de l’Amérique du Nord, on arrive ainsi à quadriller les trois Amériques.

En somme, on voit que l’heure de l’impression transposée sur le plan horizontal terrestre est en soi un « signe sensible » d’un prodige et une justification de la proclamation des titres d’Ambassadrice et d’Impératrice des Amériques. Les contacts de la Vierge avec ces lieux terrestres laissent entrevoir son mode d’incarnation invisible mais rendu virtuellement visible par l’image qu’elle a laissée au monde et l’Espérance qu’elle a engendrée chez ses nombreux témoins.

La partie plus céleste qui la consacre Reine du ciel reste à faire, en fait il reste beaucoup à faire et à dire.  Je vais poursuivre ce travail qui va s’exprimer sous forme d’atelier à Montréal d’abord, samedi le 25 janvier 2014, de 11 h  à  16 h, au restaurant Le Commensal, 1726 rue St-Denis.

Donat Gagnon

© DonatGagnon  21 décembre 2013, Bécancour.