L'évolution de l'archétype de Saturne

Bonjour,

Ce message est écrit le 15 janvier 2013, à Québec, au moment où le Soleil transite sur la fin du signe du Capricorne, appliquant au degré d’exaltation de Mars. Dans quelques jours, soit le 19, à 16h52, HNE, il entrera dans le signe du Verseau.  Nous sommes donc  sous l’influence de Saturne, et bientôt, de Saturne et d’Uranus. J’ai donc choisi de vous parler de l’évolution de  l’archétype de Saturne, tel que décrit par Erin Sullivan dans Saturne en Transit[1]. On se souviendra que dans  la mythologie gréco-romaine, Saturne, après avoir détrôné son père Uranus, fut lui-même détrôné par son fils Jupiter. Saturne redevint  donc simple mortel et s’en fut vivre en Italie, où il instaura avec  Janus, dieu du commencement, L’Âge d’Or. Cet âge mythique se caractérisait par l’abondance d’une société agraire (souvenons-nous de la faucille de Saturne), où tous étaient égaux  et la propriété commune. Non seulement le vol, mais aussi la guerre, étaient inexistants dans cet Age d’Or pacifique. (N'oublions pas que Saturne est exalté et Mars en exil dans le signe de la Balance, signe de paix par excellence). Plus tard, les Saturnales, célébrées  juste avant le Solstice d’Hiver à Rome, furent l’occasion de recréer cette égalité sociale par l’inversion des  jeux de rôle entre esclaves et nobles romains.

Mais comment Saturne est-il devenu le « maléfique? » Voici ce qu’en dit Erin Sullivan :

 «  Après son éviction et la fin brutale de l’Age d’Or, Saturne ne joua aucun rôle actif dans la mythologie grecque ou romaine. Il devint littéralement une figure de l’ombre, reléguée dans le monde des Enfers. Quand Homère écrivit L’Iliade en 850 avant J.-C., Cronos, déchu, avait déjà gagné le Tartare et Zeus régnait en maître absolu sur l’Olympe. Le pouvoir de Cronos appartenait à un passé vague et révolu, un lieu nostalgique où la vie était parfaite et idyllique…Son nom devint synonyme d’obsolescence »[2]

 

Si on considère la société actuelle, il est clair que Jupiter a préséance sur Saturne au niveau des valeurs sociales et de l’économie. Alors que le Saturne mythologique de l’Age d’Or représente la société agraire ainsi que l’égalité entre les hommes et le partage des biens dans une société pacifique, Jupiter  l’expansionniste représente une économie marchande compétitive qui tend vers une ploutocratie et où l’éthique brille par son absence.

 

Dans mes recherches sur Saturne, j’ai trouvé un poème de Tibulle[3], qui est  révélateur  à cet égard :

 

Que l’homme était heureux sous le règne de Saturne, avant que la terre fut ouverte en longues routes!...

Dans ses courses vagabondes, cherchant la richesse sur des plages  inconnues,

Le nautonnier n’avait point encore fait gémir ses vaisseaux sous le poids des marchandises étrangères ».

Tibulle évoque clairement dans ce poème la chute de Saturne dieu de l’agriculture, régnant sur l’Age d’Or,  ainsi que la prise de pouvoir de son successeur, Jupiter. Le nouveau dieu règne toujours sur les autres dieux de l’Olympe ainsi que sur l’ère des Poissons;  dans les faits, il signe les grandes explorations ayant précédé les conquêtes et la colonisation, thèmes jupitériens; ce qui a eu pour effet d'entraîner l'abolition progressive des économies locales de subsistance.Les manuels d’astrologie mondiale font  de Jupiter le représentant des banquiers. Or, il transite  actuellement en Gémeaux où il se trouve en exil et rétrograde. En cette période où l’économie mondiale vacille dangereusement et où  Jupiter pourrait finir par perdre pied, ce n’est pas un hasard si Saturne au Scorpion nous oblige à revoir notre endettement collectif lié à la surconsommation. Il est clair que si  Saturne fait contrepoids  aux excès de Jupiter, il est aussi pour la plupart d’entre nous le « mal nécessaire », que nous subissons sans joie et sans enthousiasme.

Mais la prochaine ère, celle du Verseau, est à nos portes et annonce le retour de Saturne.Or, cette nostalgie de l’Age d’Or mythique, tel un Paradis perdu, sommeille toujours dans notre inconscient collectif. En ce mois de Janus, mois des commencements, où le message des Mayas résonne toujours  en nous, l’occasion est propice de reconnaître aussi en Saturne l’ archétype d’une société qu’il nous appartient d’imaginer, qu’il nous  appartient de créer, à commencer par la juste place de l’agriculture comme économie de subsistance, pour tous les peuples de la terre.

 

Carole Lalonde



[1] Ce livre appartient à la bibliothèque d’Orian; il est disponible pour ses membres.

[2] Sullivan Erin, Saturne en Transit, Coll. Bleu Céleste, Encre, 1990, pp. 21-22.

[3] Tibulle est un poète romain qui vécut de 54 à 19 av. J.-C. Il a écrit Les Elegies.