Des étoiles et des fleurs (Denise Chrzanowska)

Nous nous interrogeons sur l'influence ou causalité des astres sur les hommes. Qu'en est-il de leur influence sur les plantes? J'ai parcouru l'ouvrage d'Élisabeth Vreede sur le sujet[1]. Elle parle surtout de l'influence des étoiles sur celles-ci.

 

            Dans les sphères au-delà des étoiles, l'espace n'existe absolument plus. Tout y est devenu qualitatif et s'organise en images suprasensibles d'où procède sur la terre tout ce qui est forme et structure.

 

            Le monde des planètes envoie sur la terre des forces de croissance et de métamorphose. Le 20 août 1916, Rudolf Steiner résuma ainsi: "Les astronomes devront fonder la biologie au moyen de leur science et les biologistes devront fonder l'astronomie au moyen de leur science. Une biologie ainsi fondée... sera une science spirituelle de la nature et une astrologie fondée par les moyens d'une vraie biologie sera une science spirituelle du ciel."

 

            Entre les étoiles et les plantes, il y a une correspondance qui parle immédiatement au sentiment humain, même si la conscience n'est pas encore évoluée, dit-il dans "La conscience de l'Initié" (Torquay 11-22/VII/1924). La terre est un miroir du Cosmos et ce reflet croît, vit: c'est notre règne végétal, reflet du firmament et des étoiles fixes. Les étoiles aussi sont de la vie mouvante et multiforme. Prises séparément, elles se révèlent être le "Moi" des végétaux. Dans le monde stellaire, les plantes sont des êtres pourvus de la conscience de soi. Les étoiles visibles reposent dans un monde majestueux d'entités spirituelles. Les Esprits de la Sagesse ou Kyriotetes composent la Hiérarchie commune à toutes les étoiles fixes et les âmes-groupes des plantes sont leurs descendants.

 

            Il faut envisager les plantes par rapport à la terre comme sa chevelure. Les planètes influencent les couleurs végétales et modifient les principes formateurs, les formes dues aux étoiles. Les formes émanent de toutes les constellations à l'exception de celles du Zodiaque. Car le Zodiaque, comme son nom l'indique, gouverne les forces des organismes animaux. Quant à l'homme, il reçoit sa forme non des constellations mais de toute la sphère. Sa tête a la forme de la voûte stellaire. L'homme est la synthèse de l'univers tout entier alors que les autres règnes naturels résultent de développements unilatéraux.

 

            Cependant la cellule, dans les plantes, laquelle est sphérique, a une configuration interne qui reproduit l'univers avec le système planétaire inclus. En tant que forme éthérique, toute la plante est une Imagination.

 

            Mais les constellations aussi sont des Imaginations. "Lorsqu'on se rend clairvoyant à partir des forces volontaires, on contemple le cosmos et les étoiles du dehors", disait Steiner (22/VII/1922):"Là-bas où il n'y a plus d'étoiles, on n'est plus dans le monde éthérique mais dans le monde astral. On a le sentiment d'avoir absorbé l'espace en soi... Alors on ne voit plus aucune étoile. On sait qu'on dirige son regard vers les étoiles ... on ne voit que des images.. Et vous comprenez alors pourquoi, dans les anciens temps, les hommes qui représentaient les sphères célestes y peignaient, non seulement des étoiles mais encore des images."

 

            Il dit ensuite:"Lorsque l'homme se trouve dans lesdites conditions et regarde la terre à travers ces figures, il voit que de la lumière et de la force émanent et rayonnent de ces images, descendant vers la terre. Là elles modifient les formes des plantes. À ces forces formatrices (éthériques) qui émanent des constellations, se joignent les forces motrices provenant des planètes... Celles-ci extraient les plantes de leurs racines, les font croître."

 

            Celui qui possède la vision imaginative peut dire:" Le lis... dépend d'un certain groupe d'étoiles; la Tulipe dépend d'un autre groupe d'étoiles." Or ce sont des plantes aux gestes différents: la coupe qui se ferme et la coupe qui s'évase. Et il y a un monde de différence dans l'expérience occulte selon qu'on regarde une fleur de tulipe ou une fleur de lis. La constellation de la Couronne Boréale est un archétype de la forme de tulipe et le lis correspond à la constellation de la Lyre.

 

            Il faut tenir compte des saisons dans lesquelles les constellations se lèvent, se couchent. Et aussi de la position géographique. Dans les régions polaires, les rayons du Soleil tombent plus obliquement mais les forces cosmiques y sont plus puissantes. Au contraire les forces telluriques prédominent à l'Équateur. Les orbites quotidiennes des étoiles restent presque parallèles à l'horizon dans la zone polaire où certaines constellations demeurent visibles presque sans interruption toute l'année.

 

            Dans nos régions, les orbites apparentes des étoiles sont fortement obliques et il en résulte une grande variété de plantes selon les saisons... À l'Équateur, les étoiles montent ou descendent verticalement par rapport à l'horizon; d'un semestre à l'autre, à la même heure, le firmament a complètement changé. Ce qui y manque, ce sont les constellations circumpolaires car l'étoile polaire elle-même y reste au ras de l'horizon.

 

            Dans les régions arctiques, il y a une végétation remarquablement belle mais peu variée car toutes les étoiles visibles sont les circumpolaires. Les plus importantes des circumpolaires sont la Grande Ourse et la Petite Ourse, chacune comportant sept étoiles dont quatre forment un rectangle et trois une queue. Le même dessin revient à une plus grande échelle si on réunit les principales étoiles d'Andromède et de Pégase, deux constellations qui brillent dans notre firmament une grande partie de l'année.

 

            On peut voir dans cet agencement l'archétype de la feuille avec son pétiole et les arbres à feuillage caduc sont caractéristiques des zones tempérées ainsi que les plantes annuelles qui comportent des feuilles insérées sur des tiges. Quand on monte vers le pôle, Andromède et Pégase perdront leur importance et quand on descend vers l'Équateur, les deux Ourses s'estompent.

 

            Il y a les formes courbes et sinueuses que l'on trouve aux branches ou aux racines des vieux arbres tels les chênes et les pommiers, ceux-ci reproduisant les formes des dragons et des serpents du ciel ( Draco, Ophiucus et le Serpent).

 

            Des buissons de rosiers rappellent la constellation de l'Hydre laquelle est plus importante dans le sud.

 

            En conclusion, je serais tentée de suggérer qu'une personne ayant des planètes appartenant au premier septénaire dans telle constellation aurait une affinité avec telle plante. Ainsi une planète dans la constellation de la Lyre entre 270E et 299E et entre 28EN et 47EN.[2] serait en sympathie avec les lis; dans la constellation de l'Hydre entre 121E et 173E et 11E à 12ES, avec les buissons de roses. La Petite Ourse de 108E et 118E et entre 1E et 10EN; la Grande Ourse entre 104E et 179E favorise la végétation arctique; Andromède de 4E à 50E et Pégase entre 327E et 10E et entre 3EN et 36EN signaleraient une affinité avec les plantes feuillues ou annuelles.

 

Les révolutions des planètes et leur reflet

 

            Il est une autre considération quant à l'influence des astres sur les plantes. Je citerai Yves Lenoble.[3]

 

            "Les cycles vénusien, solaire et soli-vénusien sont commensurables. Cinq cycles soli-vénusiens correspondent à huit cycles solaires et à treize cycles vénusiens. De la sorte les conjonctions supérieures et les conjonctions inférieures de Vénus se regroupent dans le ciel sur cinq zones équidistantes. Ces groupes forment une étoile à cinq branches. L'astrologue Dane Rudhyar faisait remarquer que les cinq boucles des conjonctions inférieures dessinent la forme presque parfaite d'un lotus ou d'une rose à cinq pétales.

 

            "De plus ces cycles vénusien et solaires s'enchevêtrent selon le rapport tout à fait intéressant de 1,6 ou 8/5 soit la proportion qui préside à la croissance des organismes vitaux. Les amateurs d'art et d'ésotérisme savent que c'est également la valeur de la section dorée, c'est-à-dire le nombre d'or si employé en peinture et en architecture. Or ce rapport existe dans le ciel par deux fois: c'est aussi bien le rapport du cycle Vénus au cycle Soleil que le rapport du cycle Soleil au cycle Soleil/Vénus. Autrement dit le cycle Soleil est moyenne proportionnelle entre le cycle de Vénus et le cycle Soleil/Vénus et il en résulte mathématiquement parlant que le cycle Soleil/Vénus (1,6) est l'inverse du cycle de Vénus (0,6) ou a/b =b/c ou nombre d'or."

 

            On retrouve ce rapport 1 à 1,6 sur le schéma de l'étoile à cinq branches dans le rapport du petit côté au grand côté. Ptolémée en a parlé dans l'Almageste et Platon disait du nombre d'or que "de toutes les liaisons, la plus belle est celle qui se donne à elle-même et aux termes qu'elle unit, l'unité la plus complète. Et cela, c'est la proportion (analogia) qui naturellement le réalise de la façon la plus belle." Pour les Grecs, l'analogie signifie avant tout la consonance entre le tout et les parties.

 

            M. Ghyka a mis en évidence le lien existant entre Vénus et le nombre 5 qui, d'après Pythagore, est le nombre de l'Homme (je dirais aussi sa forme), fruit de l'union du féminin symbolisé par le 2 et du masculin symbolisé par le 3. Nombre d'Aphrodite en tant que déesse de l'union fécondatrice, de l'amour régénérateur...le nombre de l'harmonie dans la santé et la beauté réalisée dans le corps humain. (Lenoble, op.cité)

 

            On peut démontrer sa récurrence, sa propriété principale, en pliant vers l'intérieur, un pentagone à partir de ses pointes; à chaque fois réapparaît un pentagone plus petit avec les mêmes proportions. Ainsi vont les forces de reproductions.

 

            Or (et je cite)[4] les plantes portent le sceau du 4, du 5 ou du 6 dans le nombre de pétales de sépales ou d'étamines; or ces nombres traduisent l'empreinte de Mars, de Vénus ou de Mercure. Comme on vient de voir, Vénus forme cinq conjonctions avec le Soleil en l'espace de 4 ans, une à tous les 9 mois, dessinant un pentagramme céleste. Mercure fait 6 conjonctions avec le Soleil par année (6 rétrogradations), dessinant un hexagone dans le ciel et Mars fait 4 conjonctions et 4 oppositions au Soleil en 8 ans; cependant ces dernières sont irrégulières à comparer aux deux dernières empreintes.

 

            On peut diviser l'univers des fleurs en deux royaumes: les monocotylédones et les dicotylédones.

 

            Les premiers comprennent toutes les herbes dont les céréales et les bambous et leurs cousins, les joncs, roseaux et quenouilles; il y a aussi la famille du lis avec ses bulbes et leurs affiliés, la famille des oignons puis la famille des iris avec leurs rhizomes, les orchidées, etc...

 

            Leurs grains sont indivisibles et montrent une unité. Les racines des bulbes sont creuses et celles des herbes forment des réseaux interminables. Les feuilles sont d'une seule pièce, allongée, pointées avec une seule veine ou plusieurs parallèles.

 

            La fleur est centrée sur le trois: ainsi la tulipe a-t-elle trois pétales et trois sépales de même forme et couleur, trois étamines et un pistil à 3 sections et 3 ovules. Chez les herbes, les étamines seules sont triples.

 

            La famille de l'herbe est la nourriture de base de l'homme et des animaux. Dans la famille du lis, le monocotylédone atteint sa perfection en tant que fleur. L'hyacinthe, le glaïeul, la tulipe, le narcisse, la jonquille, le crocus, le perce-neige, l'iris et le lis sont très populaires car faciles à faire pousser. Leur reproduction est très prolifique. Les bulbilles se multiplient jusqu'à l'aisselle des feuilles chez les tigrés.

 

            Les dicotylédones comprennent quasi tous des arbres et buissons. Or ceux-ci sont fortement connectés à la terre. En effet leur tronc constitue une base pour la nouvelle vie au printemps comme une terre élevée.

 

            La famille des roses est au centre. Y appartiennent les arbres fruitiers: pommes, poires, pêches, amandes, cerises, prunes ainsi que les ronces et les petits fruits: groseilles, framboises, fraises, etc.

 

            Ici la Nature a fait un saut. La graine se divise en deux. Les feuilles offrent un réseau de veines qui se subdivisent et même chez certains, les ombellifères, les feuilles se divisent à l'extrême.

 

            Ici la tendance est à l'horizontale. Les racines plongent dans le sol solidement et deviennent souvent boisées.

 

            Leur caractère le plus révélateur cependant est que leurs fleurs ont un modèle pentagonal, les pétioles en étoiles de la marguerite, les cinq feuilles des rosiers comme des érables, des noyers blancs, figuiers et que dire du coeur des pommes?

 

            Par nature, l'étoile à six pointes est inscrite dans le cercle. Or dans l'espace la forme la plus universelle est celle de la sphère; considérons la goutte d'eau, la cellule, la terre elle-même  et les planètes. En relation avec l'hexagone: si on divise le cercle par son rayon, on obtient six cercles de même grandeur, passant tous par le centre du cercle originel. Dans le cercle central, une fleur à 6 pétales apparaît. L'hexagramme des fleurs du lis avec ses lignes parallèle se rencontrant à l'infini, montre leur forte connexion au cosmos... Comme les flocons de neige ou les cristaux de quartz, les fleurs sont un miroir des forces de lumière cosmique, issues du cercle... L'hexagone est une variante du double triangle entrelacé et représente l'image totale de la Création. C'est ici que se vérifie l'analogie de Mercure.


[1]E. Vreede, Le ciel des Dieux, Triades, 1973, p.319-330

[2]Astrologie stellaire et mythologique- Les constellations de sens, Denise Chrzanowska, 1996.

[3]Initiation à la pratique des cycles planétaires, éd de l'ARRC, 1994 p.67-70

[4]Les étoiles soufflent, Denise Chrzanowska, 2003, Astrolog- Communication Enr.p.194-196